AquaHacking 2016 se poursuit* avec Mme Paquerot

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Quelle est la place des usages traditionnels des Premières Nations dans la hiérarchisation des usages du Territoire ?

La question renvoyant aux droits des peuples autochtones, il faut la comprendre comme un enjeu du vivre ensemble, en partant du principe de l’universalité des droits… un des éléments qu’il faut toujours bien clarifier s’agissant des droits des peuples autochtones et qui est d’ailleurs inscrit en toutes lettres dans la Déclaration de l’ONU de 2007, c’est bien que ces peuples ont les mêmes droits que les autres peuples. 
On confond souvent l’idée qu’il y a des textes spécifiques aux droits de certains groupes avec l’idée que ces groupes auraient des droits spécifiques. Ceci est une erreur. Tous les êtres humains et tous les peuples ont les mêmes droits. Par contre, certains groupes, parce qu’ils sont plus vulnérables, exigent des mesures spécifiques pour que ces mêmes droits soient effectifs; les femmes, les travailleurs migrants, les peuples autochtones, etc.

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Une fois cela clarifié, il faut donc penser la hiérarchie des usages pour respecter tous les droits de toutes et tous. Or, dans cette perspective, les usages à des fins traditionnelles des peuples autochtones entrent généralement dans les deux catégories qui devraient être considérées prioritaires pour respecter les droits de tous et toutes : les besoins de base et les besoins des écosystèmes. Ainsi, par exemple, le fait que la loi québécoise de protection des ressources en eau ne reconnaisse pas comme prioritaire les besoins des écosystèmes ne nuit pas seulement aux droits des peuples autochtones mais également à ceux de l’ensemble de la population. Si, par exemple, une nappe souterraine est gravement polluée par l’exploitation d’hydrocarbures et la fracturation hydraulique, ce ne sont pas seulement les activités traditionnelles qui ne seront plus possibles pour les Autochtones, mais également l’accès à l’eau potable pour toute la population concernée.

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En réfléchissant en ces termes, la question de savoir si les peuples autochtones ont plus de droits sur l’usage du territoire devrait recevoir la réponse suivante : ni plus, ni moins! Comme pour tous les autres droits, le principe de base reste que les droits des uns sont limités par les droits des autres. Or, notre problème principal concernant les ressources naturelles, y compris l’eau, comme civilisation, est d’avoir considéré – et de considérer encore aujourd’hui dans bien des cas – qu’il n’y a pas de limite! Cette attitude a souvent pour conséquence de nuire à d’autres dans les faits. De façon très concrète, il est clair que les usages du territoire et des ressources, y compris de l’eau, par les peuples canadiens et québécois, sont souvent plus dommageables que les usages des Autochtones, mais ces dommages n’affectent pas seulement les droits des peuples autochtones; ils affectent aussi les droits de la population québécoise ou canadienne à un environnement sain et surtout les droits des générations futures. En ce sens-là, exiger le respect des droits des peuples autochtones aura sans doute pour conséquence que les nôtres aussi soient mieux respectés.

Mme Sylvie Paquerot // conférencière au Sommet AquaHacking 2016


Dans le cadre du Sommet AquaHacking 2016 Unis pour le Saint-Laurent des questions ont été posées aux conférenciers via la plateforme Sli.do. Toutes n'ont pas pu être adressées lors du sommet, cependant les conférenciers ont accepté de répondre ultérieurement par écrit.

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